Israël discrimine les Américains qui tentent de se rendre en Palestine

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Un Américain décide d’étudier dans une université de Cisjordanie. Elle postule directement à l’université et est acceptée. Bien sûr, elle aura besoin d’un visa des autorités israéliennes, qui contrôlent toutes les entrées en Cisjordanie. Mais quelles autorités exactement ? Ça dépend. Si elle envisage d’étudier à l’Université d’Ariel, située dans la colonie israélienne d’Ariel, elle demandera un visa au ministère israélien de l’Intérieur. Il s’agit d’un processus simple et elle peut recevoir des visas renouvelables à entrées multiples aussi longtemps que ses études se poursuivent.

Si l’étudiante américaine a décidé d’étudier dans une université palestinienne, elle devra cependant demander un visa à l’armée israélienne. Il s’agit d’un processus beaucoup plus invasif et restrictif. Un visa étudiant ne peut être prolongé au-delà de vingt-sept mois. La demande lui demande de fournir les téléphones portables et l’adresse e-mail de tous les membres de sa famille qu’elle a en Cisjordanie et de détailler tous les biens qu’elle possède là-bas ou les réclamations d’héritage. Elle doit se soumettre à un entretien consulaire. Rien de tout cela ne lui garantit un visa ; en fait, l’armée israélienne n’autorisera que 150 étudiants étrangers à étudier dans les universités palestiniennes.

Tout cela est énoncé dans le nouveau ministère israélien de la Défense Procédure d’entrée et de séjour des étrangers dans la zone de Judée-Samarie (le nom biblique que le gouvernement israélien utilise pour désigner la Cisjordanie). La procédure, qui doit entrer en vigueur le mois prochain, ne concerne pas que les étudiants. Il fixe des critères tout aussi envahissants et étrangers à toute personne cherchant à travailler, enseigner ou faire du bénévolat dans une institution palestinienne ou à visiter la Cisjordanie pour quelque raison que ce soit, y compris aux personnes mariées à des Palestiniens.

Il y a plus. Un Américain qui possède également un passeport jordanien ne pourra pas demander de visa. Les ressortissants de Jordanie, d’Égypte, du Maroc, de Bahreïn et du Soudan du Sud, bien qu’ils entretiennent des relations diplomatiques avec Israël, sont totalement exclus de cette procédure — ils ne peuvent entrer en Cisjordanie que dans des « cas exceptionnels et humanitaires ». Cela s’applique également aux doubles nationaux. Les Américains détenteurs de l’un de ces passeports sont totalement interdits de travailler, d’étudier ou de faire du bénévolat en Cisjordanie.

L’administration américaine discute actuellement de l’inclusion d’Israël dans son programme d’exemption de visa – les Israéliens sont impatients de pouvoir voyager aux États-Unis sans avoir besoin de demander un visa. Mais ce programme est fondé sur la réciprocité : Israël s’engage à traiter les Américains de la même manière que les États-Unis traitent les Israéliens. La discrimination flagrante à l’encontre des citoyens américains dans la nouvelle procédure du ministère de la Défense est incompatible avec les termes du programme d’exemption de visa.

Le bureau d’aide juridique israélien HaMoked a reçu des appels téléphoniques et des courriels paniqués de personnes essayant de comprendre la nouvelle procédure : un professeur de musique britannique veut savoir s’il pourra continuer à enseigner dans son lycée (non, la nouvelle procédure permet visas pour les professeurs d’université mais aucun pour les professeurs de lycée). Une Américaine mariée à un Palestinien demande si elle sera autorisée à revenir si elle quitte la Cisjordanie pour aller rendre visite à sa mère malade (elle peut obtenir un visa de trois mois, mais elle devra déposer 20 000 $ pour s’assurer qu’elle ne reste pas plus long). Le pronostic pour une femme jordanienne dans une situation similaire est déchirant : si elle quitte la Cisjordanie pour voir son père âgé avant qu’il ne meure, elle ne pourra probablement pas retourner auprès de son mari et de ses enfants.

Comme le montrent ces exemples, ce ne sont pas seulement les étrangers qui seront lésés, mais la société palestinienne dans son ensemble. La nouvelle procédure limite la capacité de la société palestinienne à bénéficier des contacts avec le monde. Il dicte une microgestion des universités palestiniennes qui porte un sérieux coup à la liberté académique. Les visas académiques étant limités à vingt-sept mois, les universités ne peuvent pas offrir de titularisation à des professeurs étrangers. Parallèlement au quota de 150 étudiants étrangers, le ministère israélien de la Défense imposera un nouveau quota de 100 professeurs étrangers. Un responsable du ministère de la Défense décidera quels domaines académiques justifient des conférenciers étrangers et quelles doivent être leurs qualifications.

Quelle est la raison de toutes ces restrictions ? Le document de quatre-vingt-dix-sept pages du ministère de la Défense ne fournit aucune explication. En vertu du droit international humanitaire, l’armée israélienne peut agir en Cisjordanie pour l’une des deux raisons suivantes : assurer sa propre sécurité ou au profit de la population locale. Il n’y a aucun moyen de justifier ces restrictions draconiennes à l’entrée des étrangers en Cisjordanie par des motifs légitimes de sécurité – et elles ne font certainement pas avancer le bien-être de la population locale.

HaMoked prépare une requête auprès de la Haute Cour de justice d’Israël demandant une refonte complète de cette procédure. L’armée israélienne doit permettre aux Palestiniens de vivre avec leurs épouses sans crainte de séparation forcée. Elle doit respecter la liberté académique des universités palestiniennes. Il n’appartient pas à l’armée israélienne de fixer des priorités pour les institutions palestiniennes concernant les volontaires étrangers, les étudiants, les professeurs et autres travailleurs. Ce sont des décisions que la société palestinienne doit être libre de prendre pour elle-même.

L’administration américaine doit transmettre le même message à Israël – et insister pour qu’Israël traite tous les ressortissants américains sans discrimination. Alors que le président Joe Biden prévoit une visite en Israël, les préoccupations de l’administration américaine pourraient être plus efficaces qu’une requête auprès du propre tribunal d’Israël.



La source: jacobin.com

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