Les libéraux du Canada refusent de faire face à la crise des opioïdes

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Au Canada, un député du Nouveau Parti démocratique (NPD) a présenté un projet de loi d’initiative parlementaire visant à décriminaliser la possession de drogue. Gord Johns a présenté le projet de loi C-216, qui a été appuyé par la députée néo-démocrate Rachel Blaney en février. S’il est adopté, le nouveau projet de loi viserait à étendre la réduction des méfaits et à améliorer les efforts de traitement de la toxicomanie dans tout le pays. Jagmeet Singh, le chef du NPD, appuie également le projet de loi.

Johns et Blaney représentent tous deux des circonscriptions de la Colombie-Britannique, une province qui lutte depuis longtemps contre une crise d’empoisonnement à la drogue. L’année dernière, la Colombie-Britannique a connu son plus grand nombre de surdoses d’opioïdes. Plus de 2 200 personnes ont perdu la vie, soit un bond de 26 % par rapport à 2020.

Les drogues devraient en effet être dépénalisées avec un œil strictement tourné vers la légalisation. J’ai déjà couvert ce terrain par écrit et sur un podcast. Les arguments en faveur de la dépénalisation étaient solides avant la pandémie et ils le sont encore plus maintenant. Alors que le nombre de morts augmente, les gouvernements locaux continuent de gaspiller des ressources en matière de maintien de l’ordre et d’incarcération. Pendant ce temps, l’échec de la politique d’interdiction continue de détruire des vies. La décriminalisation est appuyée par les Nations Unies et son Organisation mondiale de la santé, les chefs de police du Canada et bien d’autres.

Comme je l’écrivais à l’automne 2020 pour le Poste de Washington, la pandémie a exacerbé la crise de l’empoisonnement à la drogue, déchirant les communautés et créant un nouveau défi pour les personnes qui consomment de la drogue. À l’heure actuelle, certaines juridictions poursuivent de meilleures politiques en matière de médicaments, y compris un approvisionnement sûr et un accès élargi au traitement pour ceux qui le souhaitent. Mais l’ampleur du problème signifie que ces petits pas sont loin d’être suffisants.

Dans une fédération comme celle du Canada, une solide politique antidrogue est nécessaire dans tout le pays. Un patchwork incohérent de politiques entre les juridictions qui ne répondent pas aux besoins des personnes qui consomment des drogues est inacceptable. Même si certaines entreprises municipales et provinciales servent de précédents, de cas types ou de leçons sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire, le leadership fédéral est essentiel. C’est la seule façon de réussir à décriminaliser les drogues et de réunir les provinces, les organismes de défense des droits et les gens pour faciliter l’adoption des pratiques exemplaires en matière de politiques dans chaque province et territoire.

Le leadership provincial dans cet effort est le bienvenu, mais il est imparfait et inadéquat. En juillet 2021, le gouvernement de la Colombie-Britannique a lancé une politique visant à « élargir l’accès à un approvisionnement plus sûr prescrit ». Cette mesure fait partie d’un ensemble d’efforts qui comprend également la mise à disposition de sites de consommation plus sûrs. En novembre de la même année, la Colombie-Britannique a également demandé au gouvernement fédéral de décriminaliser la possession de petites quantités de drogue, tout comme les villes de Vancouver et de Toronto.

Le plan de la Colombie-Britannique a été critiqué par les membres de la Core Planning Table (CPT) de la province. Ils disent que le plan ne va pas assez loin et dénoncent “l’inclusion de dernière minute d’un faible” seuil cumulatif “, l’exclusion des personnes de moins de 19 ans” et le recours aux policiers pour fournir des références sanitaires et sociales. Ils notent qu’il s’agit de “changements apportés sans consultation ni soutien de la grande majorité des membres du CPT”.

L’un des principaux points à retenir des initiatives de la Colombie-Britannique est que les personnes qui consomment des drogues et leurs communautés doivent être à la table, dans chaque juridiction, lorsque les assemblées législatives locales et nationales rédigent une politique. S’exprimant du point de vue d’un défenseur et membre de la communauté qui attend depuis trop longtemps une meilleure politique, Garth Mullins, membre du CPT, a abordé les failles du plan de dépénalisation de la Colombie-Britannique :

La première réunion sur la décriminalisation des drogues à laquelle j’ai assisté a eu lieu en août 1998. Nous connaissons ce genre de choses. Nous savons combien de drogue les gens consomment et possèdent. La dépénalisation consiste à ce que les flics sortent de la vie des toxicomanes. Point final. Mais lorsque les gouvernements changent les petits caractères et insistent sur des seuils de possession plus bas, la moitié d’entre nous sont laissés pour compte. En Colombie-Britannique, cela signifie que la moitié des 100 000 personnes atteintes de «troubles liés à l’utilisation d’opioïdes» seront toujours criminalisées, harcelées, menottées et emprisonnées. Nos drogues – et notre liberté – seront toujours saisies.

Quoi qu’il arrive dans les provinces, aucun programme politique au Canada ne sera suffisamment robuste tant que le gouvernement fédéral ne mettra pas fin à sa longue et destructrice guerre contre la drogue. La première étape nécessite la reconnaissance que l’État ne doit pas criminaliser, et même légaliser, la consommation de drogue. Pour cela, le gouvernement libéral devra faire preuve d’un certain courage politique. Aussi friands que Justin Trudeau et son cabinet sont de l’élaboration de politiques fondées sur des preuves – ou peut-être friands de affirmant ils ne sont pas parvenus à la conclusion à laquelle les experts sont arrivés : la criminalisation des drogues et des consommateurs de drogues est une politique mauvaise, nocive et inutile.

Sans le soutien des libéraux, le projet de loi de décriminalisation de Johns a peu de chances d’être adopté, même s’il remplit d’importantes fonctions de définition de l’agenda et de plaidoyer. En effet, le NPD est déjà venu ici. Au printemps 2021, le député néo-démocrate Don Davies, qui représente également une circonscription de la Colombie-Britannique, a déposé un projet de loi similaire. Ça n’a pas marché. Peu de projets de loi d’initiative parlementaire le font. Le travail se poursuit néanmoins, mais ce faisant, des vies sont inutilement perdues et des communautés sont traumatisées.

L’élan gagne dans la lutte pour libérer les toxicomanes. Avec le temps, les drogues seront décriminalisées au Canada — peut-être même légalisées. Les libéraux devraient appuyer le projet de loi d’initiative parlementaire de Johns et le faire adopter par ce Parlement. La seule raison de tuer le temps sur la question est un calcul politique cynique ou un engagement obstiné envers une idéologie de guerre contre la drogue qui a échoué. Ni l’un ni l’autre n’est une raison acceptable de retarder. Des vies dépendent d’une action rapide.



La source: jacobinmag.com

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