SAINT ESCOBAR, PATRON DES TRAFIQUANTS

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À côté du portrait de la Vierge, Olga Gaviria a accroché celui de Pablo Escobar. Pour cette femme de 73 ans, le Patron est un saint qu’elle prie tous les jours. « Il m’a sortie de la misère en m’offrant un toit pour vivre. Je lui en serais éternellement reconnaissante ». Comme près de 450 familles indigentes qui vivaient sur la décharge publique de Moravia, au nord de Medellin, Olga a bénéficié de l’opération « Medellin sans taudis », lancée par Pablo Escobar en 1982. Après que son nom ait été tiré au sort par les hommes du roi de la coke, elle a quitté sa cabane pour un deux pièces cuisine-salle de bain qu’elle appelle son « manoir ».

S’il ne s’est jamais rendu dans ce quartier qui porte son nom, Pablo Escobar continue de hanter les lieux. Car c’est bien lui qui, à coups de narcodollars, a fait jaillir de la montagne ce dédale de ruelles rectilignes en parpaings bruts qui dégringole de la jungle. Sur le versant Est de la vallée où se loge Medellin, près de 3000 maisons s’alignent aujourd’hui de part et d’autres d’escaliers de béton en pente raide. Soit cinq fois plus que la livraison initiale de Pablo il y a 25 ans. Pourtant, juridiquement, le quartier n’existe toujours pas : Escobar n’a pas eu le temps de régler les formalités administratives.

Pablo Escobar © Kerleroux

Pendant près de deux décennies, les activités du chef du cartel de Medellin et son armée prétorienne de sicaires ont ensanglanté la ville au nom du business de la poudre. Même si la violence n’a pas épargné le quartier, c’est le Parrain philanthrope qui reste gravé dans les mémoires.

Ici, on l’appelle par son prénom. « Nous respectons la douleur des victimes de Pablo mais les gens doivent aussi comprendre ce qu’il représente pour nous », avance sans gêne Luis, un ancien travesti de 53 ans sorti de la came par l’église et qui voue un culte sans borne à « Don Pablo », priant Dieu d’absoudre les pêchés du narco dans la chapelle où ses tueurs à gages faisaient bénir leurs armes.

Autre quartier de Medellin où plane l’ombre de Pablo Escobar, autre ambiance. Cela fait une quinzaine d’années que Patricia rode autour du numéro 45D94 de la 79ème rue. C’est sur le toit de ce pavillon cossu du quartier des Olivos que le Patron a été abattu en décembre 1993. Agée d’une trentaine d’année, cette SDF à la peau tannée profite à sa manière des reliquats de la légende Escobar. Jusqu’au mois de novembre dernier, elle avait élu domicile dans cette maison délabrée, officiellement scellée.

Une fois les agents du CTI (branche de la police secrète colombienne) et autres officiels partis, elle a chipé, avec ses camarades de galère, tout ce qu’elle pouvait avant d’y poser ses cabas et d’y ouvrir son « bureau ». Prostitution, vente de drogue au détail, étaient son fonds de commerce jusqu’à ce que les voisins la chassent en tapissant le sol d’huile de moteur usagée. « Parfois, elle baisait devant tout le monde », vocifère Pedro Chochas, un voisin. Comme tout le quartier, il ignorait que l’homme le plus recherché du monde vivait ici jusqu’à son exécution. « Ma femme le voyait à l’église locale où il se rendait à pied, sans savoir qui c’était. Il était discret mais menait une vie normale », se remémore-t-il.

À plusieurs kilomètres de là, sur les hauteurs de Medellin, le moine bénédictin Gabriel Gilberto a planté sa chapelle sur le terrain de la « Cathédrale », la prison dorée où Pablo Escobar a passé un an avant de se faire la belle. Plus connu sous le nom de « Club Medellin » ou « Hotel Escobar », ce palais pénitentiaire construit spécialement pour le Parrain était doté entre autres d’un jacuzzi… Il a été depuis détruit par les bulldozers des autorités puis par des dizaines de curieux qui en ont dépecé jusqu’aux derniers morceaux, en quête du magot perdu d’Escobar.

Selon son propre frère, le narcotraficant – classé septième fortune mondiale par le magazine Forbes en 1989 et qui aurait amassé quatre milliards de dollars au cours de sa « carrière » ­– en aurait caché dix millions sur le terrain de la Cathédrale. « Il y a encore des gens qui viennent creuser en vain pour trouver le mythique trésor du Patron », glisse le père Gabriel Gilberto.

Chaque jour, le saint homme organise des messes auxquelles assiste un nombre grandissant de fidèles, dont plusieurs petites mains d’Escobar. « Sur ces collines, dont certaines appartiennent encore à des prête-noms de Pablo, nous tentons d’éradiquer la culture de la mort avec la religion » botte pudiquement en touche le père Gilberto.

Occasionnellement, ce robuste quinqua qui ne quitte jamais son stetson colombien, sert aussi de guide à des « pèlerins » d’un genre atypique : de rares touristes venus des antipodes pour se recueillir sur les lieux où a vécu Pablo Escobar et s’enquérir de son trésor caché. Surplombant les escaliers rongés par la jungle et les quelques plaques de céramiques fines qui percent sous le lichen, un Christ immaculé trône sur les anciennes guérites de surveillance et observe les étranges va-et-vienty

ESCOBAR, BIO EXPRESS

1er décembre 1949 : naissance dans une famille de la classe moyenne.

1982 : élu membre du Parlement colombien.

1989 : fait assassiner trois des cinq candidats à la présidentielle ; est classé 7ème fortune mondiale par le magazine Forbes.

Juin 1991 : se rend aux autorités moyennant la promesse de ne pas être extradé aux États-Unis et s’échappe un an plus tard.

19 décembre 1993 : exécution de Pablo Escobar.

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