Nouveaux schémas politiques dans le Caucase du Sud

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Les développements dans le Caucase du Sud continuent de dépasser la compréhension que l’Europe en a. Au moment où un événement a été remarqué, reconnu, digéré et interprété (que ce soit correctement ou incorrectement), d’autres événements ont suivi dans une vague qui nécessite la révision de toute compréhension déjà atteinte. Ce qui est nécessaire, c’est la capacité de reconnaître de nouveaux modèles, plutôt que de projeter d’anciens modèles sur de nouveaux événements. Le présent article passe en revue les évolutions depuis début octobre, afin de donner un sens à cette situation qui se déroule, et qui se renouvelle presque chaque jour.

L’évolution la plus évidente, et peut-être même la plus largement commentée, au début de ce mois a été le mouvement démonstratif de l’Iran exercices militaires à la frontière avec l’Azerbaïdjan où se trouvent les territoires nouvellement désoccupés. L’Iran n’avait jamais organisé de tels exercices lorsqu’ils étaient occupés par les forces armées arméniennes. Pourquoi maintenant?

L’une des raisons est que le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) n’est pas satisfait des résultats de la deuxième guerre du Karabakh. L’un des résultats de la guerre, par exemple, est la fermeture de l’usine iranienne route du trafic de drogue à travers les territoires anciennement occupés et l’Arménie vers l’Europe. Selon le neuvième point du 10 novembre 2020, accord de cessez-le-feu convenu entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie par le biais de la médiation russe, « Le Service des gardes-frontières du Service fédéral de sécurité russe (FSB) est chargé de surveiller [such] liaisons de transport. En l’absence de connivence russe, une telle présence fermerait définitivement cette importante route de trafic de drogue du CGRI.

Ce trafic de drogue pourrait aussi être la raison pour laquelle L’Iran s’oppose à la création du couloir de Zangezur entre le Nakhitchevan et le corps de l’Azerbaïdjan proprement dit. La présence des forces russes à la frontière Arménie-Iran menacerait également une coupure totale de cette route principale à travers l’Arménie, par lequel le CGRI a fait passer de la drogue en Europe pendant 30 ans. Les profits de ce trafic de drogue sont allés, entre autres, au financement d’organisations et de groupes terroristes dans d’autres pays contrôlés par le CGRI. Le Hezbollah, par exemple, a déjà décalé son trafic de drogue vers une route utilisant l’importante diaspora libanaise en Afrique de l’Ouest.

L’Iran prétend également que son mécontentement concerne la coopération azérie avec Israël; cependant, c’est une excuse, car il s’agit vraiment de la Turquie. L’universitaire chiite libanais Cheikh Subhi Tufayli a déclaré, dans une interview diffusée, que le nouveau ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian lui a dit que l’Iran veut « rompre les liens de la Turquie avec le reste des États turcs » et soutient donc les Arméniens « afin qu’il y ait une barrière devant la Turquie ». Téhéran manipule cyniquement la question d’Israël dans le Caucase du Sud comme partout ailleurs.

Par ailleurs, selon Zahid Oruj, membre du Milli Mejlis (Assemblée nationale azerbaïdjanaise), plus de 25 banques iraniennes et 400 entreprises utilisé les territoires occupés par les Arméniens pour échapper aux sanctions internationales.

Pourtant, le dégel des relations entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan se poursuit. Début octobre, le chef du Conseil de sécurité arménien déclaré la volonté de son pays « d’aller de l’avant et d’entamer le processus de démarcation et de délimitation » de la frontière avec l’Azerbaïdjan, « sous l’égide de la Russie ». Début octobre, les deux pays ont convenu de s’ouvrir mutuellement leur espace aérien aux vols civils de manière opérationnelle. En effet, le premier vol de l’Azerbaïdjan proprement dit à Nakhitchevan a eu lieu, par coïncidence, le lendemain même de l’annonce par l’Iran de la fermeture de son propre espace aérien aux avions azéris.

Dans un développement connexe, la Géorgie devient un médiateur de premier plan entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Son premier ministre, Irakli Garibashvili, a rencontré à plusieurs reprises le premier ministre arménien Nikol Pashinyan et le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev. A l’ouverture des sessions de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York fin septembre. Garibashvili a proposé son « Initiative de voisinage pacifique » (PNI) avec un format « 3+2 » (les trois pays du Caucase du Sud plus l’UE et les États-Unis). Cela apparaît comme une alternative non exclusive à la « Plateforme à six voies » (avec l’Iran, la Russie et la Turquie au lieu des États-Unis et de l’UE ; également appelée « 3+3 »), qui n’est pas encore allée très loin.

Selon Garibashvili, le PNI serait conçu prendre en compte les « questions régionales d’intérêt commun avec nos partenaires américains et européens » dans la « mise en œuvre de solutions pratiques » par le « dialogue et l’instauration de la confiance ». Cette caractérisation implique qu’il ne se veut pas seulement, voire principalement, un forum intergouvernemental ou transgouvernemental (comme le concept de plate-forme à six semble l’être). Au contraire, le PNI compléterait d’autres forums, y compris les importantes consultations trilatérales entre l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Russie, dans la mesure où celles-ci pourraient se poursuivre face aux hésitations répétées des Arméniens.

Des jeeps de la Croix-Rouge traversent les routes séparant les forces azxéries et arméniennes du Haut-Karabakh.

Les derniers développements à noter sont parallèles à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) et à la Cour internationale de justice (CIJ). Les documents déposés auprès de la CIJ, par l’Arménie contre l’Azerbaïdjan et par l’Azerbaïdjan contre l’Arménie, en référence à la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale (CERD), et certains des frais qu’ils contiennent, ont fait l’objet d’une bonne publicité.

Par exemple, l’Azerbaïdjan États que l’Arménie viole le CERD en « refusant[ing] fournir des cartes complètes et précises des centaines de milliers de mines terrestres qu’elle a posées sur le territoire azerbaïdjanais. L’Arménie en est réduite à affirmer qu’elle n’a aucune obligation de remettre les cartes des champs de mines qu’elle a posés dans les territoires azéris qu’elle a occupés pendant 30 ans. Pourtant, le refus de l’Arménie de le faire empêche 700 000 Azéris, ethniquement nettoyés par les forces armées de la République d’Arménie (comme créé en 2015 par la Cour européenne des droits de l’homme), de retourner là où leurs foyers utilisé pour se tenir debout.

Les affaires de la CIJ prendront des années à entendre et à trancher ; néanmoins, ils auront une importance fondamentale. En revanche, les développements de PACE sont susceptibles d’avoir des effets significatifs plus tôt, mais ils ont été relativement négligés. L’APCE a publié un rapport (rapporteur, Paul Gavan) en se concentrant sur la conséquences humanitaires du conflit. Notamment, il “recommande que l’Arménie et l’Azerbaïdjan permettent à l’UNESCO un accès illimité à tous les sites du patrimoine culturel dans les deux pays pour évaluer les dommages et évaluer les mesures nécessaires pour sauvegarder ce qui reste”.

Une telle approche impartiale surmontera la publicité démesurée donnée au bombardement présumé d’une cathédrale à Shusha par les forces azéries pendant la guerre, et l’équilibrera par un inventaire de la destruction par les Arméniens du patrimoine culturel azéri, à commencer par la destruction de 16 des 17 mosquées de Shusha et le « re-branding » de la dix-septième en tant que « persan » (avec une participation architecturale iranienne). Il existe des preuves photographiques d’autres mosquées ailleurs ayant été transformés en porcheries. Il est nécessaire que l’UNESCO soit autorisée à documenter ces violations et d’autres du droit de l’occupation par les forces armées arméniennes, ainsi que par la partie azérie. Ce n’est qu’alors que les coûts financiers de la destruction pourront être déterminés. On peut s’attendre à ce que ces questions financières finissent également par atteindre les tribunaux internationaux.

Pour résumer les développements les plus récents : l’Iran est un perdant et est méchant à ce sujet. La Géorgie fait des tentatives constructives pour compléter les initiatives multilatérales existantes par une approche de la résolution des conflits qui reste toutefois à préciser dans des déclarations publiques. Et la guerre dans le Caucase du Sud est en train de devenir une loi. Pour paraphraser la célèbre citation erronée de Winston Churchill, au moins « la loi, la loi vaut mieux que la guerre, la guerre ». (La citation originale correcte est : « Mieux vaut se rencontrer mâchoire à mâchoire que la guerre. »)

La source: www.neweurope.eu

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