Les libéraux de Justin Trudeau reviennent au misérable statu quo

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Au Canada, le gouvernement libéral a déposé son budget 2022, le deuxième par la ministre des Finances Chrystia Freeland. Présenté comme un plan responsable et prudent, le budget ne s’écarte guère de l’orthodoxie du marché, proposant des politiques axées sur une poignée de priorités, notamment les soins dentaires, le logement, le climat et les dépenses militaires.

Dans son discours à la Chambre des communes, Freeland a cité un boom de l’emploi, une baisse du chômage et une croissance du PIB réel comme preuve que « le Canada est revenu en force ». Dans une remarque rappelant la déclaration de Bill Clinton sur l’état de l’Union en 1996 selon laquelle « l’ère du grand gouvernement est révolue », Freeland a noté : « Notre capacité à dépenser n’est pas infinie. Le temps d’un soutien COVID extraordinaire est révolu.

Déclarant l’intention de son parti de reprendre ses activités comme d’habitude, Freeland a affirmé que “nous allons revoir et réduire les dépenses du gouvernement, car c’est la chose responsable à faire”. Cela signifie que les libéraux se concentrent sur une baisse du ratio de la dette au PIB et sur la réduction des déficits, dans le but de rembourser la dette. Comprendre le budget comme une restauration fidèle de l’épargne budgétaire fournit un cadre utile à travers lequel déballer ses détails.

Le budget contient une poignée de mesures progressistes, y compris une politique de signature pour les soins dentaires publics. Le Nouveau Parti démocratique, qui a conclu un accord d’approvisionnement et de confiance avec le gouvernement, s’est battu pour le programme. Il fera du bien à des millions de Canadiens malgré ses limites importantes, y compris une introduction progressive pour des segments de la population, des conditions de ressources et des quotes-parts pour ceux qui gagnent plus de 70 000 $.

Même avec les soins dentaires en perspective, le budget est fondamentalement un plan conservateur. Elle est enracinée dans l’orthodoxie du marché de la responsabilité fiscale et de l’aide aux entreprises. Il s’est également engagé à fonctionner dans le cadre du statu quo structurel d’un système de marché qui lutte pour relever les principaux défis politiques à travers le pays.

En matière de logement, le budget promet d’augmenter le stock avec une initiative de logement rapide et un fonds d’accélération du logement. Il promet également de doubler le crédit d’impôt pour les premiers acheteurs et de mettre en place un compte d’épargne-logement non imposable – un véhicule régressif déductible d’impôt (“entrée libre d’impôt, sortie libre d’impôt”) qui aidera de manière disproportionnée les riches acheteurs. Dans un geste populiste et bouc émissaire, les libéraux «interdiront aux entreprises commerciales étrangères et aux personnes qui ne sont pas des citoyens canadiens ou des résidents permanents d’acquérir des propriétés résidentielles non récréatives au Canada pendant une période de deux ans». Bien sûr, le capital spéculatif domestique va sans aucun doute récupérer toutes les opportunités perdues pour les investisseurs immobiliers étrangers.

Le budget ne touche pas la financiarisation du logement de manière significative, même s’il stimule la demande. Il n’inclut pas la fin de l’exonération fiscale sur la vente de sa propriété principale ni un plan pour mettre fin à la spéculation. Il ne soutient pas la démarchandisation du logement ou la construction massive de logements sociaux. Il promet un «examen fédéral du logement en tant que catégorie d’actifs, afin de mieux comprendre le rôle des grandes entreprises sur le marché et l’impact sur les locataires et les propriétaires canadiens». En d’autres termes, les libéraux sont déterminés à aller de l’avant.

Cependant, il y aura de l’argent pour financer des coopératives d’habitation et construire 6 000 logements. C’est bienvenu, mais ce n’est pas suffisant pour déplacer sensiblement le cadran sur le logement non marchand. Pendant ce temps, les prix des logements à travers le monde continuent de monter en flèche pour atteindre une moyenne de près de 800 000 $ – en hausse de 17% d’une année sur l’autre à la fin de 2021. La fourniture de six mille unités de logements coopératifs est une mince bouillie dans un pays où, dans le dernier deux décennies, les coûts de logement ont augmenté de 375 pour cent.

Le changement climatique reste une menace existentielle pour l’humanité. Le récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a révélé que les pays étaient en retard sur leurs engagements climatiques, le monde étant sur la bonne voie pour dépasser l’objectif de réchauffement de 1,5 degré, se dirigeant vers un réchauffement dévastateur et déstabilisant de 3 degrés. Le budget est parsemé d’initiatives climatiques aux promesses diverses, mais il reste fermement ancré dans un cycle capitaliste de production-consommation d’extraction et de déchets.

Les libéraux ont promis d’étendre les incitatifs pour les véhicules à zéro émission et d’injecter de l’argent dans le secteur privé pour garantir l’approvisionnement en minéraux essentiels pour, entre autres, les batteries nécessaires à la fabrication de ces véhicules. Le plan est enraciné dans le maintien d’une culture automobile non durable, liée à une industrie minière qui contribuera à davantage de changements climatiques.

Le budget verse également de l’argent dans des programmes douteux de capture et de séquestration du carbone – le bouclier antimissile de la technologie climatique. Il convient de noter que le budget a été déposé le lendemain de l’approbation par le gouvernement du projet pétrolier en eaux profondes de la baie du Nord, qui devrait produire environ 300 millions de barils de pétrole pendant son exploitation.

Le budget 2022 est résolument un budget de statu quo avec une poignée d’offres bienvenues et insuffisantes qui ne parviennent pas à augmenter suffisamment les dépenses publiques. Écrivant pour l’Institut Broadbent, le conseiller politique principal Andrew Jackson souligne :

Les dépenses de programmes fédérales seront juste au-dessus de 15 % du PIB après l’expiration des programmes spéciaux contre la pandémie et la reprise. Cela se compare à environ 14 % au cours de la dernière année de [Stephen] gouvernement Harper. Les recettes fédérales n’ont augmenté que de 0,5 % du PIB au cours de la même période.

Les libéraux aiment utiliser le ratio de la dette au PIB comme point d’ancrage budgétaire pour justifier les dépenses. C’est parfaitement bien. Mais il s’ensuit que l’utilisation des dépenses de programmes sociaux en pourcentage du PIB est une façon tout aussi raisonnable d’évaluer les dépenses – et, sur cette mesure, les libéraux ne sont guère meilleurs que les conservateurs qu’ils ont remplacés.

Alors que les dépenses de programmes sociaux stagnent, les dépenses militaires sont en hausse. Le budget prévoit 8 milliards de dollars d’argent frais pour les forces armées. D’autres dépenses militaires pourraient être en cours, alors que le pays tend vers la référence de l’OTAN de 2 % du PIB. Actuellement, les dépenses militaires se situent à 1,4 % du PIB, se dirigeant vers 1,5 %.

Les dépenses récentes comprennent 19 milliards de dollars pour soixante-cinq nouveaux avions de chasse. Avec l’accent mis par le Canada sur les opérations dans l’Arctique et les cyberopérations, les bouleversements causés par l’invasion russe de l’Ukraine et les discussions croissantes sur la sécurisation, il est peu probable que ce soit la dernière augmentation que les forces armées voient dans les années à venir.

Le budget de 2022 du Canada mobilise des domaines prioritaires familiers et des façons familières de relever les défis politiques qui s’y trouvent : le même mode de production, les mêmes dons aux entreprises, les mêmes modestes dépenses de programmes sociaux. Les faucons du déficit peuvent décrier le total des dépenses – des dizaines de milliards d’argent frais – mais en pourcentage du PIB, le plan budgétaire est modeste, ses méthodes orthodoxes. De plus, avec une promesse de retenue, de prudence et l’accent mis sur la maîtrise du déficit et de la dette, le spectre du repli n’est jamais loin.

Il est peu probable que le budget résolve l’un des principaux défis politiques auxquels le pays est confronté. Bien sûr, peu de budgets peuvent se suffire à eux-mêmes. Mais ce budget ne montre aucun intérêt à mettre le pays sur la voie d’un bouleversement des institutions économiques et sociales qui produisent ces défis en premier lieu – des défis qui ont été mis en évidence par COVID. Les leçons de la pandémie n’ont apparemment eu aucun effet sur la politique libérale. Le parti a déposé un budget de statu quo malgré la persistance de problèmes qui demandent quelque chose de nouveau.



La source: jacobinmag.com

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